Nombre total de pages vues

mardi 28 avril 2015

Lettre aux journalistes culturels

Ma chronique Lettre aux artisans de la beauté du monde pour la suite du monde


Chers journalistes culturels,

Je vous aime d’un amour généreux, d’un amour confraternel. Sans vous le monde serait terne,  tiré à hue et à dia par les marques et les besoins commerciaux et plongé dans les ténèbres utiles de l’ignorance, milieu propice à la prolifération des bactéries monétaires qui phagocytent notre amour de l’art. Chers journalistes culturels, pour le dire plus simplement, vous êtes essentiels à la survie de la culture. Votre point de vue, vos connaissances, votre témoignage sur les œuvres actuelles et à venir sont bénéfiques à notre écologie sociale. Vous êtes des phares, des témoins, des gardiens de notre humanité pensante.

Chers journalistes culturels, vous êtes bien sûr des critiques, mais vous êtes aussi des pédagogues et de grands vulgarisateurs.  Chaque fois que vous nous apprenez quelque chose, que vous piquez notre intérêt, que vous désherbez le jardin de notre ignorance, vous nous rendez plus autonomes et vous contribuez à éclairer notre point de vue. Pensons ici seulement (pour en nommer quelques-uns de ces pédagogues) à la talentueuse chroniqueuse historique Evelyne Ferron à l’émission Dessine-moi un dimanche; à Normand Baillargeon qui possède cette capacité extraordinaire de vulgariser la philosophie à la radio. J’en profite ici aussi pour mentionner cette grande qualité qu’est la calme assurance du savoir, déployée tout autant dans les chroniques littéraires de Thomas Hellman à Plus on est de fous plus on lit que dans les billets de Serge Bouchard à son émission C'est fou. Et j’ajouterai ici un adage de mon cru pour illustrer ce concept: Rien ne sert de s’énerver en ondes, il faut savoir expliquer à point.

Chers journalistes culturels, je sais que la culture n’est plus une valeur sacrée, que l’inculture est devenue cool et que le sérieux est maintenant réservé à l’économie, à la science et aux catastrophes naturelles (paix aux âmes des Népalais). Notre monde va trop vite pour penser sérieusement. Notre monde carbure à l’humiliation et à la bêtise, aux sports et aux talents shows. Hors de ces murs, pas de salaire. La vie est dure pour les rejets de la culture.

http://www.septentrion.qc.ca/catalogue/metier-critique


Chers journalistes culturels, lisez MÉTIER CRITIQUE de Catherine Voyer-Léger, l’essayiste allumée et frondeuse en plus de présenter avec une rare concision les tenants et les aboutissants de votre métier identifie les problèmes structurels qui le minent : UN la disparition d’un espace décent pour le journalisme culturel (tout le monde est d’accord avec ça), DEUX une préférence pour l’événementiel plutôt que la critique (la folie des tapis rouges), TROIS un intérêt démesuré pour les gadgets comme les étoiles (la dictature du trois étoiles et demi), QUATRE le recours à des pigistes sous-payés du feuillet.

Votre salaire, votre salaire ! Parlons-en ! Chers journalistes culturels, ne pleurez pas sur votre salaire minable, restez positif, prenez sur vous (moi qui vous parle de mon poste de chroniqueur bénévole à une station-école), mais continuez à décrier l’injustice !

La profession dégringole les marches de la respectabilité depuis des lustres et tout le monde fonce dans le mur avec le sourire aux lèvres et le rire au vent ! Cessez de rire un instant quand on vous paye en vous disant que c’est un privilège d’être méprisé de la sorte bon yeu de bâtard de bout de ciarge de torrieu de vidange sale! Je m’ennuie de Chartrand.

Chers journalistes culturels, votre métier n’est pas évident, vous voguez entre le milieu artistique et les obligations de rendement, entre les artistes et le tiroir-caisse, vous cumulez les ennemis pour pratiquer votre éloquence mineure.

Je souhaite pour vous qu’un jour le conseil des arts donne des bourses aux meilleurs blogueurs culturels afin de favoriser la juste diversité (car les bons blogueurs indépendants méritent un bon salaire eux aussi); je souhaite aussi qu’après plusieurs années de luttes salariales on vous attribue des cachets conséquents, et qu’on vous respecte à votre juste valeur.

Chers journalistes culturels,  vous êtes plus que votre passion pour le métier, vous êtes aussi des compétences et des talents. Continuez votre bon travail, je resterai votre fervent auditeur/lecteur/téléspectateur.

lundi 20 avril 2015

Dès que j’entends parler de poésie, je fuis


«Poésie» est le mot le plus galvaudé de la langue française. Il est en concurrence de piètre vue avec les désormais célèbres «bonheur», «authenticité» et «apocalypse». On y tient avec beaucoup de hargne, comme s’il s’agissait d’une notion connue, rédemptrice, fabriquée pour plaire et qui viendrait expliquer d’un coup de baguette magique la complexité épuisante des phénomènes naturels ou l’insondable mystère de notre venue au monde.

Je tolérais depuis des années son surgissement dans des conversations superficielles, sourire en coin, sarcasme dans ma poche, mais un jour ou l’autre mon sac à tolérance allait éclater. C’est hier que j’ai ressenti le besoin de me délester de cette haine formidable que j’entretiens pour ce mot qui me tarabuste : la poésie. Dans le fil d’une conversation anodine sur Facebook, une connaissance, qui n’a pas voulu mal faire et qui n’était certes pas au fait de mes lubies de vocabulaire, m’a dit en farce que je n’étais pas «poétique». Je n’en veux pas à cette personne. Loin de là. Son seul tort c’est d’avoir été  la millième personne depuis vingt ans qui utilisent de la sorte le mot «poésie» et que cet ultime usage du mot a fait sonner l’alarme de mon tiping point de patience.

On s’entend, il faut parler pour se comprendre et j’ai publié huit livres de poésie. Tout le monde sera d’accord sur cette assertion. C’est un fait. Mais dans ma tête, j’écrivais de la «poésie» à l’époque où je venais de lire Nelligan (alias Louis Dantin), Victor Hugo, Baudelaire (et encore là, écrivain inventif comme pas un, il aura changé la donne en propulsant la prose au devant de la scène littéraire tout en continuant à utiliser le terme poésie pour désigner ce qu’il entreprenait ainsi), Ronsard et compères. Ce que l’on appelait «poésie» à l’époque du romantisme (pré-romantisme aussi et poésie courtoise et d’amour à l’époque de la Pléiade) semble avoir figé dans le temps l’acception du mot et écrasé la diversité extraordinaire du genre qui ne tolère pas de définition précise. Tout d’un coup, au tournant de la fin du XIXe siècle, tout le monde a soudain saisi ce qu’était la «poésie» et de graves certitudes sont alors venues ternir, raboter, égratigner ce vocable jusqu’à nos jours.

Le mot «poésie», qui est maintenant devenu une caricature sensible, une source d’expression orale, une denrée de mots tendres croulant sous la redite de vieilles manies post-romantiques, quelque chose de spirituel ou qui vient déployer le mystère de la prière, m’assaille avec ses tentacules de tendresses et ses fariboles mièvres aux couleurs de faux printemps.

Alors pourquoi, me direz-vous, je tolère qu’on dise que j’ai publié de la poésie, que je suis un poète, que j’ai écrit de la poésie et que je continue à écrire de la poésie ? Votre question n’est pas bête. Je me la suis posée tant de fois que j’en ai développé de l’urticaire mentale. Je serais plutôt du côté d’auteurs ou d’écrivains comme Christian Prigent, qui en tant que critique aprésenté les auteurs qui MERDRENT, en référence à Alfred Jarry et au célèbre mot de son personnage, le Père Ubu. D’Artaud à Christophe Tarkos, de Jarry à Ghérasim Luca, ceux qui merdrent sont ceux qui travaillent la langue comme une pâte, qui se contrefichent des genres et empoignent l’absurdité des signes, la ridicule prétention du sens et tirent dans nos réflexes discursifs, notre horizon d’attente de sens, pour démontrer, encore et encore, que la langue est bien un virus extra-terrestre (tel que l’affirmait William S. Burroughs).

D’ailleurs, et cela m’a toujours réjouit, la plupart des livres sur lesquels on apposerait normalement le mot «poésie», aux éditions P.O.L., qui publient Prigent, ne sont accompagnés d’aucun mot descriptif ou normatif. J’aime bien aussi des écrivains comme Philippe Charron, qui réfléchissent àleur art et préfèrent apposer sur leur livre créatif une  devanture à la fois sybilline et totalement factuelle comme «succession» (sous-titre descriptif de son livre la Journée des dupes, sur le site on utilise aussi le mot «fiction» comme étiquette livresque pour ce titre, ce n'est pas mal non plus). Nous avons tellement peur de rater le chaland, de faire peur à la nomenclature littéraire rigide qu’ont les gens, qu’il nous faut, en amont, en complicité avec l’éditeur, mettre un sceau de sens supplémentaire sur tout ce qui se publie. Quant à moi il y aurait un rayon littérature en librairie où l’on mettrait tout en ordre alphabétique et ça réglerait le problème. Mais nous avons des doutes, nous voulons classer, nous lisons avec des préjugés immenses des œuvres plus labiles que notre propre pensée.

Donc alors pourquoi je m’astreins à tout ça ? Qu’est-ce que je recherche en me conformant à cette étiquette qui ne veut plus rien dire, à cette étiquette qui nuit à tout livre qui en est affublé, à cette étiquette magnanime qui accepte tout et son contraire et n’a plus aucune valeur sémantique ?

Je ne sais trop. Par habitude du vocabulaire obsolète de la langue vernaculaire ? Par paresse intellectuelle ? Pour satisfaire aux exigences de la vie littéraire qui décrète que là, il y a de la poésie et que là, il y a du roman, de la prose ? Pour écrire dans mes demandes de subventions que je pratique «la poésie» dans ma carrière principale ?

Utiliser le mot «poésie» aujourd’hui, en 2015, c’est comme dire que le «soleil se lève» pour omettre de dire que la terre tourne et qu’au moment, décrit dans cette expression, la lumière du soleil atteint sa surface. L’expression «le soleil se lève» fait référence à une conception ptoléméenne du système solaire dans lequel la terre, figée, est au centre et le soleil tourne autour. Nous gardons ces artefacts de sens dans la langue de tous les jours, parce que la langue de tous les jours a toujours privilégié l’économie de moyen, l’économie de mots. Des expressions figées comme «le soleil se lève», même si elles sont scientifiquement erronées,  qui trainent de vieilles conceptions qui ne veulent plus rien dire dans notre monde contemporain, ont l’avantage d’être comprises par tout le monde.

La «poésie», c’est la même chose.  C’est un mot qui ne veut plus rien dire aujourd’hui, qui ne correspond plus à rien de ce qui se publie et qui décrit adéquatement notre monde frénétique et baroque, mais nous l’utilisons toujours, parce que ce mot a l’avantage d’être un cliché commode.

Je ne verrai sans doute pas de mon vivant la fin de l’utilisation éhontée du mot «poésie» pour désigner la beauté du monde ou les niaiseries sensibles qui font que la joie a parfois le dessus sur la désespérance. Je m’insurge contre cet arbre immense en forme de mot tyrannique qui cache la forêt de la complexité de nos vies citadines et l’extraordinaire diversité littéraire qui tente de réagir au monde absurde dans lequel nous vivons. 

Je préconise une largesse de vue contre l’austérité sémantique et les compromis ridicules qu’implique l’utilisation à répétition et pour tout et pour rien, du mot «poésie».

Je suis en guerre contre la dictature sémantique du mot «poésie». Pour moi, les vrais ennemis de la beauté de la parole, ce sont ceux qui la jugulent en lui imposant la niaiserie. Les vrais «poètes» seront toujours ceux qui feront trembler le pouvoir ou ceux qui nous assénerons des vérités râpeuses si grandes sur notre modernité que nous ne pourrons plus considérer que la lutte sémantique comme réponse juste à nos désirs de fuite.

lundi 13 avril 2015

Lettre à Louis Dantin (alias Emile Nelligan)



Personne ne vous connaît, hormis quelques universitaires et une poignée d’historiens. Vous êtes le préfacier des œuvres complètes d’Emile Nelligan et c’est à cette humble place que l’histoire littéraire vous a relégué. Vous auriez pu rester là, bien enfoui dans notre historiographie, sans jamais remuer d’un iota. Mais vous avez piqué la curiosité d’une Sherlock Holmes littéraire, de madame Yvette Francoli, qui a fait éclater en pièces, en publiant une consistante biographie de vous, en 2013, le mythe de Nelligan. Vous seriez en fait l’auteur des poésies de mon idole d’adolescence et même de celles de son meilleur ami, Arthur de Bussières. Mon estomac a perdu un instant le pouvoir de digérer. Cher Louis Dantin, vous avez glorieusement mystifié pendant 100 ans des fournées de jeunes étudiants aux sonnets qui hésitent ou au cœur «enfoui dans l’abîme du rêve».



http://delbussoediteur.ca/publications/le-naufrage-du-vaisseau-dor/
Permettez-moi ici de consacrer quelques lignes à mon humble destin de poète québécois. En secondaire trois, évoluant dans l’insouciance sucrée de ma jeunesse tendre, j’ai commencé à écrire de la poésie. J’étais alors habité par ce désir naïf et louable de ressembler à une de mes idoles d’alors : Emile Nelligan. Je trainais partout avec moi mon exemplaire des poésies complètes de Nelligan, dans la collection FIDES des classiques canadiens. Je le chérissais tellement que je l’avais recouvert d’une pellicule plastique en scotch-tapant avec rigueur ses coins. Je voulais tellement devenir un futur Nelligan que je m’habillais comme lui, en fait comme sur la photo du poster que tout le monde connaît. Sur laquelle, cet éphèbe au regard perdu, cheveux ondulés, porte un caban bleu-marine à six boutons. Il était tellement important pour moi alors de revêtir l’habit de mon idole que j’avais harcelé ma mère jusqu’à ce que j’obtienne le vêtement convoité.

Les années passèrent, les poèmes à ma première blonde sur du papier de soie furent relégués à mes tiroirs et je publiai mon premier livre de poésie en 1994, au Noroît. Ma vie en fut changée. J’étais devenu poète, je pouvais réclamer ce titre légitimement. Avec mon troisième livre, Les forêts on retint ma candidature au prix Emile-Nelligan 2000. Je jubilais ! La succession de Nelligan, détenue par la famille Corbeil, offre à un poète de moins de 35 ans, depuis 1979, un prix d’excellence en poésie. La bourse est alléchante, le prestige en est vif, et au lauréat on donne une médaille à l’effigie du grand poète mythique. Une médaille frappée du profil de Nelligan. Cette année-là, ce fut Tania Langlais qui obtint le titre. C’est elle qui repartit alors avec l’écu mystique, le prix symbolique sans doute le plus convoité en poésie québécoise car il récompense à la fois le talent et sa précocité. 

À titre informatif, je vous donne ici les noms des finalistes du prix Nelligan 2014, ce sont trois femmes: Roxane Desjardins, Virginie Beauregard D. et Natasha Kanapé Fontaine. La lauréate sera connue en mai.


Emile Nelligan, notre Rimbaud de seconde zone, mythe commode, a contribué à faire connaître la poésie québécoise depuis cent ans. C’est notre poster boy culturel le plus ancien dans sa jeunesse perpétuelle.

Maintenant, je me dois de rendre hommage à celui qui a écrit sans doute la totalité sinon la majorité des vers de ce Nelligan, piètre élève, amateur de poésie qui n’a jamais impressionné les membres de l’école littéraire de Montréal jusqu’à ce qu’il vous rencontre.

Cher Louis Dantin, de votre vrai nom Eugène Seers, maître es canular, grand mélancolique libidineux au cœur tendre, prêtre défroqué, amoureux fou, rebelle, amant de jeunes hommes, père de deux enfants, érudit notoire et génie précoce, vous étiez donc le Cyrano qui se cachait derrière Nelligan. L’essayiste Yvette Francoli multiplie les preuves, les coïncidences stylistiques avec votre œuvre passée et votre vie passée, présente son procès en pseudonymie avec tant d’exemples et de recoupements évidents que je suis sorti de son livre soufflé, ravagé et conquis.

Conquis, car cher Louis Dantin, alias Emile Nelligan (alias Arthur de Bussières), j’ai appris à mieux vous connaître, à saisir le parcours singulier d’un homme de chair, avant-gardiste, épris de justice sociale, qui défroqua au début du siècle quand la plupart de ses confrères ne trouvèrent le courage de le faire qu’en 1960, qui galéra un peu partout, comme typographe, à Boston, par exemple, continuant à écrire des poésies étonnantes, tout en fréquentant ouvertement une femme noire en 1923, à l’époque où la société jugeait encore avec sévérité toute relation interraciale !

Cher Louis Dantin, votre persistant désir de liberté, vos poésies mélancoliques et vos poésies en joual, votre désir acharné de voir progresser les mentalités du début du siècle font de vous un fabuleux représentant de nos lettres et un exemple de vie rebelle tout aussi intéressante que celle de votre protégé !

Cher Louis Dantin, vous êtes une espèce de William Burroughs sans drogue, un Allen Ginsberg sans beat, un André Breton de l’école littéraire de Montréal qui se serait contenté des coulisses de l’histoire tout en tirant ses ficelles.

Je me suis sans doute un peu exalté ici, nous n'avons pas de confession, ni de preuves manuscrites flagrantes, mais tous les chemins convergent vers l'interprétation défendue bec et ongles par Francoli, que les textes de Nelligan sont de vous. Certain témoignages, dont celui du père Boismenu, ouvrent la porte à toutes les spéculations.

Cher Louis Dantin, vos dons n'ont jamais été reconnus à leurs justes valeurs et cet essai vous réhabilite dans le panthéon de nos lettres.

Je ne sais trop ce qu'il adviendra du mythe de Nelligan, mais j’espère toutefois que dans nos futurs manuels scolaires, la postérité reconnaîtra votre duo inégal quoique formidable et que votre nom passera en notes majeures et non en notes de bas de page.







lundi 23 mars 2015

Lettre aux immigrés et aux immigrants



Vos épaules sont larges. On vous charge de tous les mots, on vous pointe du doigt et on vous assène notre agressivité refoulée de peuple conquis, de peuple frustré, de peuple paradoxal qui se démène dans la mélasse de ses convictions.

Chers immigrés et chers immigrants, je vous aime d’un amour courageux répondant au courage que vous avez eu de quitter votre pays d’origine pour venir vous établir ici, au royaume de la poutine politique et des coqs de salon. Entendez-moi bien, je suis souverainiste, j’aime le pays de mes rêves qui n’a jamais existé et j’écris en français avec toute la fierté des gens qui aiment leur langue maternelle.

Mais, chers immigrés et immigrants, je sais aussi que la nature humaine est complexe, qu’il n’y a pas plus de méchants, en pourcentage dans vos rangs que de bandits dans les nôtres.

Chers immigrés et chers immigrants, nous somme tous des immigrants. Vous le savez sans doute plus que nous, qui nous personnifions en «souches» pour mieux simuler l’enracinement, oubliant ainsi tous les peuples d’Asie qui ont migré sur les terres d’Amérique du Nord en transitant par le détroit de Béring. Tous ces futurs amérindiens qui sont venus s’établir sur ces terres qui n’ont jamais appartenu à personne et ont toujours nourri quiconque s’y est établi, depuis déjà 12 000 ans.

Chers immigrés et chers immigrants, nous resterons tous des immigrants, car depuis que l’homo sapiens a quitté les terres du continent africain, il y a de cela 80 000 ans, l’être humain a transhumé partout à partir de son berceau, étendant ses racines, ces belles fictions ethnocentristes, pour clamer à tort et à travers des bouts de terrain, l’humus fertile, des droits de propriété sur la terre indifférente et libre.



Chers immigrés et chers immigrants, je sais que parmi vous, il y en a plusieurs qui ont fui des guerres, des zones de conflit, ont subi des sévices et ont vécu sous des régimes sadiques où l’opinion détonnante est perçu comme un crime fatal. Le Québec est pour vous un gîte, un abri, une société d’accueil. Et vous êtes pour nous des «ouvertures d’esprit» ambulantes, des «remises en question bénéfiques» de nos a priori culturels, des saveurs inédites à découvrir !

Chers immigrés, chers immigrants, nous sommes tous nés des étoiles, il y a plus de 13 milliards d’années et nos atomes se mélangent naturellement. Indifférents aux préjugés agressifs, aux idées conservatrices, aux peurs nationales et aux crispations identitaires, molécules et atomes passent du Sahara à l’Europe, de l’Amérique à l’Asie, de l’Afrique aux États-Unis sans jamais demander de passeport, trainée d’existence, poudre de vent, lissant tous nos paradoxes dans une grande marmite génétique.

Je suis là, ici, maintenant, au coin de Saint-Laurent et Sainte-Catherine, pas très loin au nord des terres de la vieille Ville-Marie, arrière-arrière-arrière-arrière petit-petit-petit-petit-petit-petit-petit-petit-petit-petit-petit enfant de François Riquet dit Laverdure, soldat de la compagnie franche de la Marine, au service de Charles LeMoyne, baron de Longueuil, arrivé en terre de Nouvelle-France avec le désir de refaire sa vie, de s'acclimater à la température farfelue et rugueuse de nos latitudes frigorifiantes, les bras plein de projets d'enfants coriaces et de famille, déterminé à persister en sol d'Amérique. Et bien dans quatre cents ans, vos descendants seront aussi lyriques que moi et exprimeront avec autant d'émotions leur histoire courageuse et folle qui a mené à leur enracinement extraordinaire en terre du Nouveau-Québec.

lundi 16 mars 2015

Lettre à Xavier Dolan et à Salvador Dali


Ma chronique Lettre aux artisans de la beauté du monde pour la suite du monde


Cher Xavier Dolan, cher Salvador Dali

Vous avez compris que l’art se doit d’exister dans la démesure, la folie, la revendication de votre propre territoire artistique. Vous avez conquis, en desperado, les montagnes de l’apathie, les vallées de la dégénérescence, les politiciens du statu quo et les troupes noires de la bêtise humaine. Vos épées sont des luminaires de joie, des secousses de vitalité dans notre monde coulant qui s’échappe en gelée, qui réagit en pouding au désarroi normal de vivre.

Cher Xavier Dolan, cher Salvador Dali, votre existence est la preuve que le génie peut avoir un lien avec l’ambition, que l’ambition n’est pas un sentiment humain qui ne dure que dix secondes dans les espoirs timorés des gens qui nous entourent. Combien de «si j’avais», combien de «tu aurais dû» grouillent dans les placards de nos vies mornes balisées par la peur de mal paraître, la peur d’en demander trop, l’insigne stupidité de penser qu’une idée n’a pas d’allure. Votre audace est un chemin tracé pour tous vers la résolution de nos gênes. Car toute volonté devrait s’apaiser dans la réalisation, toute volonté devrait avoir la force de se buter aux difficultés de ses aspirations, toute volonté a le devoir d’ériger la vie en une entreprise qui nous dépasse.

Cher Xavier Dolan, cher Salvador Dali, vous n’avez jamais considéré l’art comme un packaging propre, un produit frimé, vous avez conçu des œuvres qui font éclater notre rapport au monde, repoussent les limites de la bienséance artistique pour nous montrer toute la violence de la beauté, la sauvagerie animale des pulsions humaines, la complexité viscérale de notre imaginaire.

Cher Salvador Dali, ton Chien Andalou est un chef-d’œuvre surréaliste qui nous hante dès la fin de son visionnement, un brûlot artistique qui vient tâter notre peur viscérale d’être disséqué vivant.


Cher Xavier Dolan, la décharge d’électricité que nous assène ton film Mommy galvanise notre peur de vivre et la transforme en urgence de vivre. Qui mieux que toi a réussi à exprimer l’harcelante inquiétude qui nous permet d’exister au regard des autres, le chaos provoqué par une émotion vécue au maximum.


Chers créateurs prolifiques, tous les jours on me rappelle que vivre est un sport de combat, une suite de déconvenues qui rétrécissent nos illusions, une bataille entre peur et volonté. On ne se bat plus tellement pour survivre,  mais pour exister toujours plus aux yeux des autres.

À cet égard, j’aime les êtres humains qui vivent furieusement, sans compromis, qui agitent leur monde intérieur à la barbe de tous pour ériger leurs angoisses en mode de vie !

Cher Xavier Dolan, cher Salvador Dali, vous jouez dans vos paranoïas, vos désirs troubles, l’édifice humain de votre psyché pour construire des chambres, des vestibules et des palais artistiques à l’épreuve du temps.

Cher Salvador Dali, tu as eu Gala, cher Xavier Dolan, tu as Anne Dorval. Vous avez chacun vos muses qui ont contribué à votre rayonnement et sont devenues des légendes en soi.

Comme tous les gens forts et talentueux, vous avez eu aussi vos détracteurs, les jaloux farineux, les obsédés de vos styles de vie, les méchants par lâcheté des réseaux sociaux.

Ces détracteurs sont les symptômes de votre importance et les résidus secs des cépages qui font le bon vin. Des précipités naturels qui viennent avec la distillation de votre talent.

Cher Xavier Dolan, tes yeux de caverne ressemblent à un essai philosophique et ta présence à l’écran, que ce soit dans La chanson de l’éléphant, Miraculum ou dans tes propres films, réussit toujours à nous captiver, à faire vibrer en nous cette corde de l’inquiétant, tu es un acteur qui s’abandonne dans les névroses de ses personnages et qui nous les rends si vivaces, si tendues, si crédibles.

Ne parlons pas de Jutra, ni d’Oscar, de prix ni d’excellence, mais plutôt de beauté, de grandeur réelle et d’ambitions nécessaires. Car sans Dali ni Dolan, la beauté resterait petite et les ambitions, sans substance.

mercredi 4 mars 2015

Lettre à la #manifencours (reprise de Je ne suis rien avant la #manifencours, publié en 2012)


 



Ce mardi, dans le cadre de ma chronique «Lettre aux artisans de la beauté du monde pour la suite du monde» à l'émission Catherine et Laurent, à CIBL/MAtv, j'ai décidé de m'inspirer du redoux. Évoluer dans la froidure des dernières semaines a éveillé en moi ce désir de printemps et quand le mercure a chuté dans une zone acceptable, plus tolérable, passant de -19 à -7 celsius, j'ai ressenti le besoin de me plonger dans un passé récent. De revisiter le printemps de 2012, ce printemps exceptionnellement clément, chaud, solidaire et émotif. De là m'est venu l'idée de republier le texte «Je ne suis rien avant la #manifencours», avec quelques corrections. Texte de blogue écrit et publié en mai 2012 et qui a été repris dans LE PRINTEMPS QUÉBÉCOIS, publié chez Écosociété, en mars 2013, une anthologie de textes, d'images et de publications ayant marqué le printemps érable.


 ----------------------------------------
 
Je suis seul, extraordinairement seul, incroyablement seul, radicalement seul et aucun autre adverbe long qui fait pencher la phrase par en avant, poids mort de la syntaxe, ne saurait être plus seul que moi, plus ridicule que moi dans sa solitude, avant ce moment.
Je ne vis plus qu’en fonction de la #manifencours. Si je n’y suis pas, je me renseigne sur sa progression; si je l’ai manquée, je lis les commentaires sur Facebook et Twitter, je m’informe sur le nombre d’arrestations effectuées; si j’y participe, je m’immerge dans son bain de pouvoir, comme si c’était à chaque fois la dernière fois que le peuple, tous les gens croches, les gens droits, vieux et jeunes, éduqués ou non, excentriques ou non, appliqués ou non, inventifs ou non, obtenaient par magie le pouvoir, le réel pouvoir, pendant quelques heures.
La #manifencours est mon parlement quotidien, mon parlement des étudiants, des laissés-pour-compte, des fatigués du système, des ennemis de Charest, des convaincus des tares du néolibéralisme, des êtres plus humains que la moyenne, des blessés et des humiliés, des frappés et des conspués, des carpettes à financiers et des fous plus sages que le plus méprisant des Rozon ou des Gendron.
Je ne suis rien avant cela. Un pilote robotique qui dirige un corps suivant le mouvement de la Terre, si subtil, errant dans les rues de la ville, arrêtant dans les restaurants, payant sa pitance, puis retournant à la rue, celle qui n’a pas encore le pouvoir, la rue du matin, du midi, celle des camions lourds, des policiers qui mangent des hots-dogs et des autobus traitres.
Mille romans me passent sous le nez, mille pièces de théâtre, cent mille poèmes se sauvent de moi pendant ces #manifencours qui font éclater toutes les notions de fiction que la plus belle fiction imagine.
Perrine Leblanc a écrit que le Québec entrait dans la fiction,  dans un article publié dans Le Monde. Je dirais même plus, la fiction déborde, cherche une issue, traîne dans la ville toute la nuit, crie, s’ameute, invente des histoires de contes de fées où les méchants sont punis et le peuple récompensé pour sa résilience; des histoires de victoire complète où l’on réinstallerait le peuple au centre des préoccupations politiques; des œuvres de science-fiction où la technologie serait exclusivement au service d’un nouveau socialisme formidablement juste, délestant tous les citoyens de toutes les angoisses monétaires qui ponctuent leurs vies d’endettés chroniques, constamment à la recherche de sources de financement pour continuer simplement à vivre.
Au milieu de la #manifencours, je veux embrasser toutes les filles, devenir ami avec tout le monde, fraterniser avec les locataires qui agitent des mouchoirs, des foulards, des bouts de tissu rouge à leur balcon, écouter l’histoire de chacun, donner des  accolades à tous les danseurs et les calleurs de slogans.
Ma solitude fondamentale s’estompe, le temps de la #manifencours. Seul parmi la foule des manifestants, je me sens uni à eux par des lois mystérieuses qui fondent les peuples, génèrent des nations, propulsent des convictions politiques jusqu’à la cible des réformes à entreprendre.
Avec mon cul de poule et ma cuillère de bois cassée par la violence enthousiaste du rythme tenu pendant plus d’une heure, je me suis senti solidaire, le mot s’est enfin cristallisé dans mon esprit, est devenu concret, palpable.
Mes veines dans lesquelles il y a encore un peu d’amour à donner s’animent parfois, dans la présence de certaines personnes, puis retombent dans la nuit, la banale nuit perpétuelle du roulement de l’économie, et des préoccupations mesquines de tous qui fondent ce que l’on nomme cyniquement le marché.
Mais au centre de la #manifencours, solidaire, espérant, fou d’une joie indicible, mes veines retombent dans la plus belle fiction, la plus grande utopie, la plus sincère franchise humaine; mes veines se prennent pour la paix universelle et imaginent enfin une justice sociale flagrante, des politiciens compétents et empathiques, un pays nouveau et un avenir meilleur pour tous, conçu par tous, dans une orgie de bien commun partagé égalitairement.
Mes veines sont à l’avenir, mes veines sont au présent.

Published in:Uncategorized Edit||on mai 28th, 2012 |Réagir »


mercredi 18 février 2015

Lettre aux revues littéraires québécoises


 (et mention du numéro exceptionnel soulignant le 60e anniversaire 
de la revue LES ÉCRITS)




Ma chronique Lettre aux artisans de la beauté du monde pour la suite du monde


Chères revues littéraires québécoises,

Vous avez la vie fragile, le financement maigre et une volonté de fer. C’est dur vivre de culture au Québec, la littérature n’est pas valorisée, les écrivains inconnus et les lecteurs assidus une denrée rare. Pourtant vous survivez, malgré les coupures sévères et les tempêtes, en capitaines vaillants, fendant la mer d’indifférence pour en rapporter du beau, du grand, de l’intelligent. Diffuseurs de fonds et de formes, vous n’avez pas peur de penser, de critiquer, de publier poèmes et articles, recensions et textes, rappelant à tous que le Québec est un merveilleux vivier de talents littéraires, de penseurs et d’artistes du clavier.

Chères revues littéraires, vous avez de l’audace et vous n’écoutez pas les ragots des chroniqueurs de l’institut Fraser et de la droite populiste. Débranchez tous les respirateurs nécessaires, ces subventions malingres, ces paquets de change pitchés sur la toast du mépris des intellectuels et des écrivains, et vous condamnez à mort tout cet écosystème des revues de création. Imposer le marché à cet écosystème fragile, c’est l’équivalent de construire un dix-trente là où il y a encore des musées, des maisons de la culture et des HLM. Résister à la sauvagerie du marché, garder en vie la diversité des modes de création et de pensée et sauvegarder les lieux d’expérimentations littéraires sont votre devoir, vos raisons d’exister.

Chères revues littéraires, je vous aime d’un amour passionnel. Je vous aime en incongru qui vous feuillette beaucoup, vous lis en extrait sur vos sites, vous achète parfois et s’abonne encore trop peu à vos copies papier. Je vous aime parce que vous êtes distinctives, rebelles, graphiquement attrayantes et riches de contenu. Vous n’avez pas froid aux yeux et vous faites souvent des pieds de nez à la rectitude et à la bonne mesure en publiant des numéros somptueux, gargantuesques et tout aussi pertinents que de grandes anthologies.

Je pense entre autres ici à la doyenne des revues littéraires, LES ÉCRITS, qui vient de fêter son soixantième anniversaire. Publication qui a accueilli des textes inédits de Marcel Dubé et Anne Hébert à ses débuts en 1954, lorsqu’elle s’appelait encore LES ÉCRITS DU CANADA FRANÇAIS. Nom qu’elle a abandonné en 1995, pour des raisons sans doute politiques, date d’un référendum de triste mémoire.

Je suis estomaqué par le travail éditorial et l’ambition du numéro anniversaire de la revue LES ÉCRITS. En fait, il faudrait parler ici d’un numéro double, les numéros 142 et 143 de cette revue. Le 142 est en kiosque, le 143 sortira bientôt..

Site de la revue 



Ces deux numéros exceptionnels, constituent un corpus éditorial unique, réunissent 80 écrivains jumelés en duo, des jeunes avec des vieux, des auteurs émergents avec des auteurs confirmés. Chacun des auteurs devait dédier à l’autre un texte et témoigner ensuite de la lecture de l’œuvre de son vis-à-vis. Les élans d’admiration, en littérature, se font rares. Les écrivains sont, la majeure partie du temps, des solitaires acariâtres, des gênés chroniques ou des reclus qui se font violence pour accueillir leurs lecteurs. Leur demander d’écrire à un collègue, un camarade, est inusité et permet de révéler tout le poids des admirations mutuelles entre auteurs d’ici. L’exercice est beau, le choix des duos judicieux et l’ambition du projet colossale. Ce sont deux briques de plus de 400 pages chacune, offrant le meilleur de la littérature contemporaine d’ici, des anthologies sur pattes, de grandes œuvres d’introduction à la littérature actuelle du Québec. Procurez-vous ce trésor si vous êtes intéressés à la littérature d’ici. Il s’agit d’un exploit éditorial.

Je ne cite rapidement que des duos étonnants d'auteurs qui s'avèrent des découvertes de connivence formidables, je pense à Jean-Simon Desrochers et Robert Lalonde, Hervé Bouchard et Jean-Pierre Vidal, Étienne Beaulieu et Yvon Rivard, Filippo Palumbo et Paul Chamberland, Benoit Jutras et Marcel Labine (cela va de soi) ainsi que Martine Audet et Nicole Brossard (un naturel), Michaël Trahan et Michael Delisle (les deux Michael), Kim Doré et Louise Dupré, Perrine Leblanc et Catherine Mavrikakis. Certes, même si dans ces deux numéros, on recense et souligne les oeuvres importantes de 80 écrivains contemporains d'ici, il y a des absents, des manques et on aurait souhaité une anthologie de ce genre avec une centaine de duos. Mais l'offre est généreuse, le résultat exaltant et l'initiative courageuse et surtout, cette certitude, après avoir lu ce numéro (en partie) que notre littérature est riche, grande et en santé !

Ces deux numéros sont le chant du cygne du directeur actuel de la revue, Pierre Ouellet. On pourra dire de lui que sa discrétion aura été indirectement proportionnelle aux ambitions qu'il avait pour la revue. Ambitions de maillage avec de grands auteurs français, de vitrine de la diversité scripturaire québécoise et de célébration de la littérature inventive d'ici, qui ont été réalisées avec brio grâce à l'énergie vibrante, la passion et le tempérament fougueux qui caractérisent cet écrivain et grand homme de lettres !

Chères revues littéraires vous êtes récentes, les plus vieilles d’entre vous datent des années 50, votre nombre a explosé dans les années 70 et 2000 et vous vivotez  depuis entre Lajeunesse et la Sagesse, pour paraphraser les sœurs McGarrigle.

Chères revues littéraires, vous avez le courage des gens fatigués de la morosité ambiante, vous brûlez parfois des étapes, vous criez fort, vous distillez le doute dans les esprits embrumés par des certitudes sèches, et des idées de caoutchoucs. Vous êtes des preuves flagrantes de la vivacité de notre littérature, de sa modernité, de la folie salvatrice des imaginaires des auteurs d’ici qui daignent se dépasser, qui osent, créent des objets littéraires tous plus originaux les uns que les autres. Je pense à des revues comme LE SABORD, ESTUAIRE, EXIT, LIBERTÉ, NOUVEAU PROJET, MOEBIUS, VIRAGES, XYZ, L’INCONVÉNIENT, CONTRE-JOUR, ZINC.

Chères revues littéraires québécoises, je vous aime. Votre santé éditoriale est un ajout notable à la beauté littéraire de notre monde et je vous souhaite longue vie et de meilleures conditions d’existence.